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Le numéro qui a fait pleurer Sophie Marceau

A woman holding her phone and visibly moved by an emotional image rendered on stage during the closing routine.

Septième épisode de la série founders sur le blog lesfrenchtwins.com. Tony et Jordan sur un engagement privé à Paris en 2025 où la pièce de clôture de notre set a produit une réaction qu'on n'attendait pas d'une invitée qui a tout vu.

L'engagement

Un dîner privé dans un appartement privé du 7e arrondissement de Paris. Avril 2025. Vingt-six invités. L'hôte était un ancien client à nous. L'occasion était, dans le langage discret du producteur qui nous avait bookés, une étape personnelle pour un membre de la famille. On était le seul numéro au programme. On avait quatre-vingt-dix minutes de temps scénique alloué sur la soirée, divisé en deux sets, un avant dîner et un après.

Sophie Marceau était à la deuxième chaise depuis la tête de la longue table. Robe noire. Pas de bijou à part une fine chaîne. Elle est arrivée avec son partenaire et a, tout le dîner, surtout parlé avec l'hôte et l'invité assis de son autre côté. Elle n'a pas regardé la scène pendant notre premier set. Ça ne nous dérangeait pas. Le premier set est un échauffement. Le public ne nous connaît pas encore. Il mange encore.

Le deuxième set

Après le dessert, après les toasts, après que les lumières ont légèrement baissé pour le deuxième set, on a fait notre séquence standard dîner privé. Le Nombre Vérifié. Le Jumeau Digital. La Constellation. Puis la pièce de clôture, qui cette nuit-là était L'Image Finale, le numéro où une photo personnelle sur le téléphone d'un invité est recréée par un modèle IA et projetée sur un petit écran LED qu'on avait installé à la tête de la table.

On nous avait dit, dans le brief pré-engagement du producteur, que l'hôte avait un invité spécifique qu'il voulait honorer cette nuit. On ne savait pas qui. On ne, généralement, veut pas savoir. Le brief disait que quel que soit l'invité qu'on choisirait pour la pièce de clôture, ce devait être un invité qui ne serait pas embarrassé par un moment émotionnel. Le producteur faisait confiance à notre lecture de la salle. On l'a remercié.

Pour la clôture, on a choisi Sophie. Deux raisons. La première, c'est qu'elle s'était échauffée pendant le deuxième set d'une manière qu'on reconnaissait à force d'expérience. Elle se penchait. Elle faisait du contact visuel avec les numéros. Elle, au troisième numéro, soutenait activement la magie pour qu'elle marche, ce qui est l'état de public qu'on recherche. La deuxième, c'est qu'elle avait un regard particulier dans les yeux quand on a fait le numéro cartes plus tôt, un regard qu'on a appris à lire comme quelqu'un qui a beaucoup vécu et s'en souvient.

L'image

Pour L'Image Finale, l'invité déverrouille son téléphone pour nous en plein milieu et on utilise un modèle d'inférence IA pré-entraîné qui tourne sur notre MacBook de tournée pour recréer une image spécifique de leur bibliothèque photo. L'image qu'on choisit est, de notre côté, la première image d'un enfant ou d'un parent ou d'un frère que le modèle identifie comme ayant des métadonnées émotionnelles significatives, c'est-à-dire une photo qui est inhabituellement profondément nichée dans la bibliothèque et qui a été vue par l'invité un nombre disproportionné de fois.

On sait que ça sonne analytique. La pièce marche parce que l'analyse tourne en arrière-plan. L'invité vit l'expérience comme sa propre photo, recréée devant lui et le public, sur un écran, d'une manière qui retire le contexte spécifique de la photo et rend seulement son cœur émotionnel.

L'image que le modèle a choisie, sur le téléphone de Sophie, était une photo de son fils quand il avait huit ans. Il est nettement plus âgé maintenant. La photo a été prise, selon les métadonnées, en 2003. Elle l'avait vue, selon les métadonnées à nouveau, trois cent quarante et une fois depuis 2003.

Le rendu a pris onze secondes. Le public a regardé l'écran. L'image est apparue. Sophie n'a rien dit. Elle a mis sa main sur sa poitrine. Elle a fermé les yeux pendant deux secondes. Quand elle les a rouverts, elle pleurait.

Le silence

La salle a tenu un silence qu'on a rarement ressenti. Ce n'était pas le silence de la confusion. C'était le silence de la reconnaissance. Sophie n'était pas la seule dans la salle à pleurer. L'hôte pleurait. La partenaire de l'hôte pleurait. Le producteur était, on l'a remarqué après, en train de pleurer aussi.

On n'a pas bougé. On n'a rien dit. On a laissé le silence courir pendant, dans notre timing, onze secondes. Le public n'avait pas besoin qu'on remplisse le silence. Il avait besoin du silence.

Quand Sophie s'est levée, elle s'est levée pour nous prendre dans ses bras. Nous deux. Elle n'a rien dit de cohérent. On n'avait pas besoin qu'elle dise quelque chose.

Ce qu'on a appris

Le registre émotionnel de la magie, au niveau de fee où le public a tout vu, n'est pas produit par l'impressivité technique du tour. Il est produit par la spécificité de ce que le tour révèle. L'Apparition du CEO impressionne les gens. L'Image Finale, quand elle marche, les atteint.

On en est venus, ces trois dernières années, à valoriser la seconde catégorie plus que la première. La première catégorie nous fait booker. La seconde nous fait retenir. La rétention, à long terme, c'est ce qui produit le calendrier qu'on veut.

On en est aussi venus à valoriser le silence de onze secondes. La plupart des performers remplissent le silence. La plupart des performers ne peuvent pas le tolérer. On a appris, cette nuit-là avec Sophie, que le silence est le numéro. Le public n'a pas besoin qu'on le sorte du moment émotionnel par le divertissement. Il a besoin qu'on le tienne dedans.

Ce que Sophie a dit le lendemain

Elle nous a envoyé un email le lendemain matin, avant neuf heures, via le producteur. L'email était court. On ne le citera pas en entier parce qu'il était personnel. Ce qu'on peut citer, c'est la phrase de clôture, qu'elle a dit qu'on pouvait partager si on écrivait sur cette nuit.

Elle a écrit, vous m'avez rendu mon fils pendant onze secondes, vingt ans après que je l'aie perdu enfant au temps.

On n'a pas rebooké Sophie. Elle n'a pas été à un autre engagement qu'on a fait. On espère qu'elle y sera. L'email est dans un dossier sur notre bureau qu'on ouvre occasionnellement quand on est fatigués et qu'on a été dans trop d'avions et qu'on veut se souvenir pourquoi on fait ça.

C'est ce qui s'est passé cette nuit-là. Le reste, c'est ce que les gens voient.

Prochain épisode : le brief d'IBM Think 2024 et ce qu'ils nous ont vraiment demandé de faire. La semaine prochaine.